J’ai lu avec attention le récit des impressions intitulé : Se perdre à Venise. Visiblement l’auteur a été enchanté. Tout ce qu’il dit est vrai mais, en ce qui concerne mon voyage, il y a un bémol. J’ai eu la bonne idée de visiter Venise pendant le carnaval. A priori…une bonne idée. Non ? Et bien, je n’ai pas été le seul. C’est simple, je n’ai jamais vu une telle concentration de gens au mètre carré. En deux jours, j’ai du voir des centaines de milliers de personnes. Parole de marseillais ! De véritables torrents humains ininterrompus se déversaient d’un site à l’autre. C’était comme de véritables autoroutes humaines à deux sens quadrillant la vieille ville. Préférant le calme, nous avons choisi de prendre les chemins de traverses pour nous déplacer et éviter les axes principaux reliant la place St Marc, la campo San Rocco, le palais des doges et le pont du Rialto. En dehors de ces chemins, les ruelles avaient, peu ou prou, le calme décrit par notre ami et les déambulations pouvaient être contemplatives et nonchalantes. Cependant, emprunter les voies secondaires est bien entendu synonyme de surprises et débouche sur de nombreuses impasses. Mais, profiter du charme de la ville est à ce prix. Parfois couper le flot était nécessaire. Alors, nous devions faire de réels efforts afin que la famille au complet parvienne ensemble de l’autre coté. Autre sujet d’inconfort : la température. Le carnaval est en février et février c’est en hiver. L’hiver, c’est froid. Mais l’hiver à Venise c’est très froid. Venant de Marseille, nous n’étions pas préparés pour affronter le froid glacial de Venise. Nous avons souffert d’un froid humide et térébrant renforcé par la présence du mistral local. Malgré tout, c’est avec joie que, le matin, nous bravions fraîcheur et foule pour débusquer le plus beau masque, le roi du carnaval. Toute la famille était motivée par ce jeu de piste en plein air, à l’échelle d’une ville. La tâche s’avérait assez ardue mais fut finalement assez facile. La clé de la réussite fut rapidement trouvée. Tous les personnages déguisés, convergeaient vers les places ; en particulier la place St Marc, la Piazzetta et le front de lagune devant le pont des soupirs. Nous n’avions, malheureusement, pas d’autres choix que le constant bain de foule. On oublie bien vite ce désagrément devant tant de raffinement. Que ses déguisements sont beaux ! Ces splendides costumes, préparés toute l’année dans le plus grand secret, sont somptueusement décorés. Ils rivalisent de beauté et d’originalité sur des thèmes élémentaires ou imaginaires, jalousement gardés jusqu’aux festivités. Réalisés avec soin et virtuosité, le point d’orgue de cette symphonie de couleur et de poésie reste toujours le masque. Parfois des yeux sont visibles. Parfois ils sont voilés renforçant l’impression irréelle de l’ensemble. Il personnifie, à lui seul, le thème. Qui se cache derrière ces masques ? Des amoureux du jeu et du déguisement ou des personnes recherchant l’intérêt et l’admiration de tous ? Un peu des deux, sans doute. En tout cas, quels que soient les gens qui décident de se déguiser, les effets sont toujours identiques. Les personnes sont transformées comme par enchantement. Leur déplacement devient aérien, les attitudes gracieuses, vaporeuses et légèrement dédaigneuses. Comme si en devenant des anachronismes vivants, les gens plongeaient vers le XVème siècle et retrouvaient l’arrogance de l’apogée de la république. Elles regorgent soudainement de présence, de majesté et de charisme. Ainsi transformées, ces silhouettes silencieuses errent comme des souvenirs, s’arrêtant tantôt sur les sollicitations pressantes des badauds, tantôt par envie de se figer devant le décor de leur choix. Parfois la demande n’est pas exaucée et le fantôme continue son chemin vers ailleurs. Ils déambulent dans les rues tels des créatures surnaturelles écartant la foule des hommes. Pour le touriste moyen, le tour de force est de prendre ses photos sans avoir un autre appareil photo dans son champ. Le seul moyen est de pratiquer la contre-plongée et soumettre son dos à rudes épreuves. Après ces efforts, le meilleur réconfort reste le pique-nique sur les pontons menant au grand canal pour profiter du beau soleil de l’adriatique. Un délice pour réchauffer ses os et reposer son dos. Le canal évoque forcement les gondoles. Et bien, nous avons renoncé à la fameuse ballade. En cette période, les tarifs sont si incroyablement élevés que la promenade devient simplement du racket ! Pas de doutes ! Venise est bien en Italie ! Alors, je me suis dis qu’il y avait suffisamment de pigeons sur la place St Marc et je me suis contenté de photos. Au diable, les clichés romantiques ! Il ne faut rien exagérer !

Veronique Ridao