L’incontournable Taj Mahal
Le Rajasthan est un des 28 états de l’Inde, au nord-ouest du sous continent, assez peu peuplé de 56 millions d’indiens sur un territoire représentant les deux tiers de la France. La petite chaîne des monts Araveli découpe la province selon une diagonale, des plaines fertiles au sud-est et des steppes semi-désertiques au nord-ouest, la porte d’entrée est la mégapole de Delhi. A 200 km au sud on trouve l’incontournable ville d’Agra, dans l’état limitrophe de l’Uttar Pradesh, célèbre par le Taj Mahal qui est le mausolée édifié par Shah Jahan en souvenir de son épouse favorite morte en couche de son quatorzième enfant en 1631. Une fois franchi le portail ouest en grès rouge incrusté de marbre blanc. On est saisi par l’harmonie qui se dégage du monument flanqué de 4 minarets tout de marbre blanc resplendissant et se reflétant dans les bassins. La construction a duré 12 ans en mobilisant les plus brillants sculpteurs de marbre du pays.
Le bien nommé Fort Rouge
Mais Agra c’est aussi le Fort rouge : un immense palais fortifié en grès rouge édifié par Akbar en 1565 et embelli par son petit-fils Shah Jahan. Une double muraille de grès entourées de douves abrite une suite de palais et de mosquées où coexistent des formes architecturales persane et moghole. De sa façade donnant sur la rivière Yamuna on aperçoit dans la brume de chaleur et de pollution le Taj Mahal à un kilomètre à l’est. Le reste de cette grande ville ( 1 300 000 hab.) est plutôt crasseux et très pollué par de nombreuses industries pétrochimiques aux portes de la ville.
L’éphémère Fatehpur Sikri
A 40 km à l’ouest d’Agra on trouve la ville fantôme de Fathepur Sikri. Elle fut édifiée en 1570 autour du tombeau d’un saint soufi vénéré par Albar. Entièrement en grès rouge fortement sculpté elle comprend une succession de palais et leurs dépendances. Close sur trois cotés par des remparts elle bordait un lac aujourd’hui comblé. Elle ne fut habitée qu’une quinzaine d’année et fut abandonnée car trop difficile à alimenter en eau. Elle est restée dans un état de conservation remarquable.
Villages et villageoises
70% de la population indienne vit encore à la campagne et pratique une agriculture traditionnelle archaïque, les parcelles sont petites et la mécanisation est inexistante. Les vaches ou buffles omniprésents partout produisent du lait et leurs bouses séchées servent de combustible. Le climat permet des maisons ouvertes sur la rue ou sur une cour avec un foyer ouvert, le seul meuble est le  » charpoy  » : un cadre de bois tendu de sangles posé sur 4 pieds et qui est le plus souvent relevé contre un mur dans la journée. Les femmes sont revêtues de longues jupes, d’un corsage court et d’un grand châle fin couvrant la tête et les épaules, le tout très coloré avec des variantes de tons suivant les régions. Chaque arrêt est l’objet de curiosité réciproque et bon enfant.
L’approximative circulation
Le réseau routier est en assez bon état, mais archi encombré de tout ce qui se déplace : piéton, procession de pèlerins, cycliste, motos avec trois passagers, âne surchargé, chameau, tracteur, camion, taxi collectifs, mais pratiquement pas de voiture individuelle hors des villes. Une seule règle de conduite : priorité au plus gros et heureusement les bas cotés sont toujours larges et sont l’échappatoire obligatoire. La moyenne est faible, il ne faut pas compter dépasser 40 kilomètres dans l’heure, mais le spectacle est permanent.
Le Palais des Vents
Jaïpur : la ville rose, à 240 km à l’ouest d’Agra, est la capitale de la province ( 2 500 000 hab.). La ville entoure la vieille ville ceinte de murailles datées de1720 et possède en son centre un très vaste palais : le City Palace dont la plus célèbre curiosité est la façade appelée Palais des vents. Construite en 1799 sur le mur d’enceinte du palais ce n’est qu’une façade comportant 61 balcons à trois faces sur cinq étages fermés par des claustras qui permettaient aux femmes du palais de voir la rue sans être vues tout en bénéficiant de la brise rafraîchissante à l’arrière. En 1876 la ville fut entièrement repeinte en rose pour accueillir le prince de Galles et la tradition s’est maintenue, ce qui donne une impression de grande unité.
Le Fort d’Amber
A 10 km au nord de Jaïpur, les collines sont dominées par une ligne défensive de forts, un de ceux-ci est la forteresse d’Amber qui contrôle la route de Delhi. Construite à la fin du 16ème siècle par Man Singh. On y accède par une longue rampe à dos d’éléphant. La sobriété toute militaire des façades contraste avec la richesse de la décoration intérieure. Le palais s’ordonne, comme la plus part des palais Rajput, autour de trois cours : la première consacrée aux audiences publiques montre la magnificence du souverain, la seconde est le palais des appartements privés c’est la plus raffinée, débauche de sculptures, de stucs, de mosaïques, de miroirs incrustés ; la troisième cour est entourée par le zénana réservé aux femmes est très sobre, voire dépouillé.
Pushkar : l’ombre de Brahma
La petite ville de Pushkar s’étale autour de son lac sacré apparu lorsqu’un pétale de lotus tomba des mains de Brahma et toucha terre. De très nombreux temples parsèment la ville et le plus célébré est celui dédié à Brahma. La pleine lune d’octobre/novembre donne lieu à un immense pèlerinage associé à la principale foire aux chameaux du nord de l’Inde, qui attire aussi de nombreux touristes. Autour des temples outre les sadhus mendiants et méditants, prospère tout un commerce de vente d’offrandes.
Udaipur
Ville de 400 000 habitants, à 400 km au sud-est de Jaïpur, étalée entre deux lacs, la vieille ville au bord du lac Pichola entoure le city palace, somptueux palais, le plus grand du Rajasthan. Une façade de 500 m. de long regroupe plusieurs palais construits depuis le 16ème siècle et continuellement agrandis depuis en mêlant les styles moghol, rajput, et plus récents. C’est un dédale de cours, de palais, reliés par des galeries et des escaliers sans fin. Outre un hôtel luxueux, c’est aussi la résidence de l’actuel Maharadjah et un des plus beau musée montrant une collection unique de miniatures.
Femme dans un jardin
Udaipur possède une ambiance différente des autres villes. Est-ce la présence des lacs, bordés de jardins, la couleur plus douce des palais, une atmosphère plus calme de la vieille ville, une luminosité sans doute liée à l’altitude, on aimerait pouvoir musarder plusieurs jours.
Noria et scène de campagne. 
En quittant Udaïpur, la route vers le nord-ouest, traverse les monts Araveli par de petits cols à 900 mètres d’altitude. La végétation d’abord très dense devient vite plus sèche. On traverse de petits villages paisibles. Arrêt près d’une noria qui remonte l’eau d’un cours d’eau pour irriguer les champs ; les petits temples parsèment la campagne, les femmes sont dans les champs : mars est déjà presque la fin de la première période des moissons. Les femmes sont accroupies dans leurs tenues colorées à couper les céréales à la faucille, pendant que les hommes mènent les buffles lourdement chargés.
Ranakpur : temple d’Adinatha
Le temple Jaïn de Ranakpur est une merveille de dentelle de marbre. Seul au fond d’un vallon boisé. Il fut édifié au 15ème siècle et dédié à Adinatha, l’un des 24 sages de la religion Jaïn. Son plan en forme de croix grecque est dominé par une coupole centrale entourée de 84 chapelles. Le moindre centimètre carré de marbre est sculpté avec une finesse extraordinaire, les 1440 colonnes sont toutes différentes et supportent les coupoles aux plafonds finement ciselés. Ce décor si élégant dégage une ambiance de paix et de recueillement. Le Jaïnisme a été fondé par un contemporain de Bouddha par de riches marchands révoltés par le rituel des réincarnations. Il prêche l’ascétisme, le respect absolu de la non-violence et de toute vie, tout en respectant 24 grands principes. Le fidèle se reconnaît au masque qu’il porte devant le visage, pour éviter de respirer un moucheron, ainsi que d’un petit balais qui lui évite d’écraser le moindre insecte sous ses pas.
Les Bishnoïs
Dans la région de steppes autour de Jodpur habite une communauté d’agriculteurs éleveurs : les Bishnoïs. Célébrant la nature, ils respectent une vingtaine d’interdictions, comme couper tout arbre vivant, tuer toute vie animale. Ils vénèrent les gazelles abondantes dans cette région ; se font enterrer et non brûler sur le bûcher comme les indous. Ils vivent dans des villages de terre séchée, regroupés autour d’un point d’eau.
Jodpur : la ville bleue
La ville de Jodpur ( 900 000 hab. ) est dominée par la forteresse de Mehrangarh dressée sur un promontoire. On y accède par une longue rampe en franchissant de nombreuses portes fortifiées. Cette forteresse comporte, outre un musée, des salles richement décorées de marqueteries, vitraux, peintures et dorures ainsi qu’un mobilier reflétant bien les conditions de vie du maharadjah et de sa cour. Du fort, on domine la  » ville bleue « , en effet toutes les façades des habitations sont peintes en bleue ; couleur divine qui aurait la propriété d’éloigner les moustiques ?
L’opportuniste Jaisalmer
Petite ville fortifiée de 60 000 habitants la plus à l’ouest du pays devait sa richesse à sa situation sur la route des caravanes au sortir du désert du Thar. Abandonnée, elle doit son renouveau à sa proximité de la frontière Pakistanaise en étant devenue une ville de garnison. Toute la cité est contenue dans une double ligne de murailles crénelées qui protège de nombreux temples, un palais fortifié, et de très nombreuses haveli à la façade richement sculptée qui atteste de la richesse des marchands qui du 13ème au 17ème ont fait la richesse de cette ville encore complètement habitée mais difficilement entretenue.
Les dunes du désert du Thar
De Jodpur à Jaisalmer s’étend une steppe quasi désertique parsemée d’arbustes épineux qui se raréfient en s’approchant du Pakistan. Si la partie Pakistanaise est totalement désertique la partie Indienne est parcourue de nomades et leurs troupeaux ainsi que de quelques villages vivant de l’élevage de chèvres et de chameaux. Quelques-uns sont spécialisés dans le commerce des randonnées à dos de chameaux pour touriste, de quelques heures à quelques jours. . . pendant les cinq mois d’hiver ou la température ne monte pas au-delà de 40 degrés le jour !
Fort Janagarh
La ville de Bikaner (500 000 hab.) était l’étape suivante, à 350 km de Jaisalmer, sur la route des caravanes vers l’est du pays. Elle est protégée par le fort de Janagarh ; un énorme bâtiment fortifié en grès rouge au centre de la vieille ville. L’enceinte dépasse un kilomètre avec 37 bastions d’angle. C’est aussi un palais majestueux aux styles multiples édifié vers 1600. Il surprend encore par la richesse et la diversité de sa décoration intérieure, la préciosité des peintures murales, la profusion des dorures. On y trouve même un balcon recouvert de faïences de Delft ! C’est aussi une immense musée avec entre autre une belle collection d’armes. La ville regorge de haveli somptueux mais souvent mal entretenus ainsi que de très nombreux temples.
Laxis Nivas Palace 
Le Laxis Nivas Palace est le palais de l’actuel maharadjah de Bikaner construit au 19ème, il est parfaitement bien entretenu. Le corps principal ainsi qu’une aile de ce palais a été transformé en hôtel. Sous l’administration anglaise les maharadjahs ont perdu la plupart de leurs prérogatives et possessions, ne gardant souvent que leur palais. Ils se sont reconvertis dans les affaires et beaucoup ont transformé tout ou partie de leur palais en hôtel de charme ou de luxe. C’est un des agréments d’un voyage au Rajasthan de pouvoir loger dans des établissements au luxe inabordable ailleurs.Samode l’artisanale
Au fond d’une gorge étroite s’étale tout en longueur le petit village de Samode avec son marché et ses artisans ferblantiers et ferronniers. Il est dominé par un palais fortifié à l’architecture rajpute et à la décoration très raffinée. C’était le palais du premier ministre du maharadjah de Jaïpur. Il a été également transformé en hôtel et constitue l’une des étapes les plus agréables d’un périple au Rajasthan après la chaleur du désert et avant le retour dans la mégapole bruyante et polluée de Delhi.
Texte et photos de Philippe Sauzeau