Depuis toujours, le Vieux-port est le centre de Marseille. C’est l’endroit le plus populaire de la ville, le lieu de tous les rendez-vous. Le Vieux-port est la promenade la plus appréciée depuis des centaines de générations et depuis plusieurs civilisations.
Car le vieux port de Marseille atteint l’âge canonique et record. . . de 2600 ans.
Marseille est donc la plus ancienne ville de France. En soit, il s’agit d’une particularité déjà remarquable. Cependant, si l’on se réfère à l’ensemble de son passé, Marseille a bien plus qu’une histoire. Elle a un destin.
La naissance du port est le premier exemple du destin particulier, qui marque cette ville à part. C’est en 600 avant J.C. qu’une poignée de navigateurs grecs, venus d’un petit port lointain d’Asie Mineure appelé Phocée, découvrent une anse idéalement abritée et décident de faire escale. Selon la légende, les phocéens débarquent le jour des noces de la fille du roi ligure Naan. La tradition ligure impose que la promise choisisse un époux parmi tous les prétendants présents en tendant une coupe à l’élu. Ce fut le grec Protis qui fut choisi par Gyptis la fille du roi ligure. Ensembles, ils fondèrent Massalia, la plus ancienne ville de France. Cet épisode est mentionné sur une plaque de bronze enchâssée dans le marbre du quai des belges qui marque la fin de la Canebière et marque le début du vieux port et par delà, la mer Méditerranée.
Le tracé du port actuel n’est plus du tout celui qu’il était dans les temps dominés par les républiques grecques. Lors de fouille entreprise pour la construction d’un centre commercial à quelques encablures du port actuel, l’ancien tracé à été retrouvé et mis à jour. Le jardin des vestiges contient les ruines des tours marquant l’entrée dans l’antique cité massaliote et le dallage de l’époque. Il regroupe, aussi, l’ancien réservoir d’eau douce, découvert complètement intact, et des ruines de la puissante enceinte fortifiée entourant la ville grecque. Mais le plus excitant des vestiges est la corne de l’ancien port et les quais dallés de marbre de l’époque. Dans le centre commercial, un musée est consacré aux découvertes faites sur le site telle que cette splendide barque romaine entière prise dans la vase du port.
Le vieux port fut bien plus qu’aménagé. Il fut modelé et retracé à maintes reprises tout au long de l’histoire de la ville plus ou moins liée à celle de la France. Il est l’histoire de Marseille. Laissez moi vous conter ses 2600 ans d’existence.
Tout commença, donc, il y 2600 ans. Il faut imaginer une crique bien dessinée, de forme oblongue et régulière, avec un chenal étroit et incliné par rapport à l’axe principal de la baie. En somme, le lieu idéal pour abriter un port. C’est le Lacydon, reçu par Protis, dans la corbeille de mariage. Il est bordé sur la rive nord par des marécages d’où émergent trois buttes. Deux mille ans plus tard, on les nommera, butte Saint-Laurent, butte des Moulins et butte des Carmes. Au sud, le port est bordé de collines. Les Grecs installèrent un comptoir qui devint rapidement prospère. La ville grandit en même temps que les oliviers et que la vigne plantée sur les collines environnantes. L’anse naturelle fut creusée sur plus de deux hectares et fut transformée en port. Ainsi naquit Massalia sous la protection d’Artémis. Depuis son temple de la butte des Moulins, située dans les marécages de la rive nord, elle veillait sur la cité. Tout près de l’entrée du chenal, face à la mer, les superstitieux marins grecs élevèrent un temple dédié à Apollon, le protecteur des marins. Durant des décennies, Massalia, prospéra et s’enrichit au coté de Rome, l’alliée de toujours. Au cours de l’histoire les deux villes se sont fréquemment entraidées pour repousser les multiples invasions barbares sur terre comme sur mer.
L’histoire de Marseille est aussi l’histoire des voyages en mer. Entre 360 et 380 avant J.C, à l’heure où Massalia frappait sa propre monnaie, le Lacydon vit le départ de Pythéas qui longea la côte septentrionale de l’océan Atlantique jusqu’au cercle polaire, reculant ainsi les limites du monde connu. De retour à Massalia, Phytéas fut à l’origine du premier calcul de latitude jamais effectué dans le monde. . . et c’est le Lacydon qu’il choisit. A la même époque, selon certains historiens, un autre marin massaliote nommé Euthymène prit le chemin opposé. Il descendit vers le sud et longea les côtes Africaines jusqu’au Sénégal.
Après les guerres puniques pour la souveraineté des routes commerciales de Méditerranée entre Carthage et Rome, Massalia assit son indépendance et put créer ses propres comptoirs de Nice, d’Antibes et des îles d’Hyères. Durant trois siècles Massalia fut l’entrée de la civilisation dans l’antique Gaule barbare. A l’apogée de la civilisation romaine, Massalia comptait cent mille habitants. La cité était administrée par une assemblée élue démocratiquement. C’était une ville érudite qui améliorait sans cesse l’art de voyager en mer. Et puis vint César. . .
Durant la guerre civile entre César et Pompée, Massalia prit position pour Pompée. Cette décision, ou l’absence de décision selon certains historiens, fut une erreur stratégique que ne manqua pas d’utiliser César. Ce fin stratège trouva ainsi une raison d’éliminer une des dernières puissantes citées indépendantes dans l’Europe conquise. Les raisons de ce choix sont sans doute multiples. Péchant par arrogance, Massalia s’est peut être sentie l’égale de Rome, à moins que ce ne soit son amour latent pour la dissidence qui lui fit commettre cette erreur lourde de conséquences. En tout cas, en 50 avant J.C, César mit fin à trois cent ans d’indépendance. Lorsqu’il conduisit son armée aux portes de Massalia, César découvrit une ville ceinte d’une muraille de deux kilomètres de long et de plus de 15 mètres de haut. La cité était cernée par la mer sur trois cotés. A cette époque les marécages n’étaient pas encore comblés et un bras de mer se repliait sur le nord de la vieille ville. Ils ne furent comblés qu’au XIXème siècle pour créer les quais de la Joliette et le port moderne. Sur le quatrième coté, à l’entrée de la ville, devant la corne du port, César jaugea les deux hautes tours carrées qui achevaient les puissantes défenses de la ville. La bataille fut longue. Elle dura des mois et se déroula sur terre et sur mer. Mais l’issue ne faisait aucun doute. Après quatre mois de siège, Massalia, exsangue, ouvrit ses portes au vainqueur. La ville perdit toutes ses possessions et ses comptoirs mais conserva, en raison de son renom, son autonomie d’administration puis fut incorporée à l’empire. Massalia la grecque devint Massilia la romaine. Les romains agrandirent la ville et conservèrent les fortifications. Sur la rive nord, juste au bord du chenal, ils battirent un fort et Massilia put s’étendre vers le nord.
Puis l’histoire continua son cours et les dieux du panthéon romain furent chassés par le Dieu unique des Chrétiens. En 226, Saint Victor, le premier évangélisateur de la citée, fut supplicié par l’empereur Maximien et fut, selon la légende, jeté à la mer. Son corps fut ramené par des anges et enseveli dans une grotte qui surplombait la rive sud du port. Plus tard, en 410, la première abbaye de la ville fut construite sur cette colline. Elle prit tout naturellement le nom de Saint-Victor. A la même époque, de l’autre coté du chenal, sur les ruines d’un vieux temple dédié à Diane, fut construit une cathédrale contenant le plus grand baptistère d’occident. Cette cathédrale fut détruite au XIIème siècle pour permettre l’édification de la cathédrale de la Major.
Par la suite, du même coté du port, sur l’emplacement même de l’ancien temple d’Apollon de la butte Saint-Laurent, fut construit un couvent afin d’accueillir la communauté féminine de l’abbaye de Saint-Victor. L’abbaye principale fut rasée par les sarrasins vers 923 et reconstruite en 1040 et transformée en place forte qui servit de point d’ancrage aux futures défenses de la ville. Les tours carrées et crénelées, construite au XIVème siècle existent toujours et sonnent encore le tocsin.
Sous le regard de l’abbaye de Saint Victor qui domine le port, Massilia devint un haut lieu du monachisme chrétien d’occident entre le VIème et le VIIIème siècle. Durant cette période, une ville aussi paisible et prospère que Marseille fut souvent la proie des hordes barbares wisigoth, ostrogoth ou encore francs. En 737, Charles Martel et les francs rasèrent Massilia.
La période allant du Xème au XIIème fut une succession de calamités. Les épidémies d’ergotisme en 945, 1041 et 1129 décimèrent Massalia. Elle résista à tous les fléaux et à tous les envahisseurs mais ressortit appauvrie de ces épreuves. Grâce aux croisades, le commerce vers l’orient permis à la ville de se redresser à chaque fois. Les armoiries de la ville qui sont une croix d’argent sur fond bleu, découlent directement des croisades. La croix est une référence à la foi chrétienne tandis que le fond bleu est celui de la mère patrie grecque.
Le XIIIème siècle s’articule autour de la vie religieuse de l’abbaye de Saint Victor. Pendant cette période, la seule transformation notable du port fut la construction d’une commanderie de l’ordre des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem sur le site du fort Saint-Jean. A cette époque, Marseille était une république gouvernée par une oligarchie marchande. Ce fut une période tourmentée mais prospère pendant laquelle Massilia put croître à nouveau. . . Jusqu’aux terribles épidémies de peste de 1348. Les récits de l’époque sont dramatiques. Ils racontent que les ruelles autour du port étaient jonchées de corps en putréfaction. La population de la ville tomba à moins de vingt mille habitants.
Puis les nuages s’écartèrent durant deux siècles. Durant le XIVème siècle Marseille ne cessa de regagner prestige et richesse. L’activité de pêche du port reprit son essor. L’influence commerciale de la cité phocéenne s’étendit à nouveau sur la Méditerranée. L’expansion de ce commerce maritime engendra une rivalité avec la Catalogne. D’échauffourées maritimes en véritables combats navals, la rivalité se changea en haine. En 1423, cette haine conduisit les Catalans à envahir la ville. Ils débarquèrent dans une crique qui s’appelle depuis la  » plage des Catalans « , pour piller et totalement mettre à sac Massallia. La vieille ville fut en partie détruite. Dans leur butin de guerre, se trouvait la chaîne barrant l’entrée du port qui est toujours visible sur les murs de la cathédrale de Valence. Retenant les leçons de l’histoire, entre 1447 et 1450, le roi René agrandit le fort Saint-Jean, situé sur la rive nord. Il le dota de nouvelles fortifications dont la grande tour carrée qui marque l’entrée du port.
Durant la période de 1450 à 1480, correspondant à la République Indépendante de Provence, Massilia reprit son expansion économique toujours grâce au commerce maritime. C’est à cette époque que Massilia devint Marseille. S’appuyant sur deux mille ans d’histoire, la devise choisie est :  » Marseille brille part ses hauts-faits.  »
A suivre dans la partie 2/3. . .