Fin de siècle à Beyrouth. Deuxième partie.

– Guerre des six jours en juin 1967. Israël gagne de nouveau. Les territoires du plateau du Golan, la Cisjordanie ( à majorité palestinienne ), le désert du Sinaï, et Gaza sont annexés. – Création de l’OLP en 1964.
– Yasser Arafat devient chef de l’OLP en 1969.
– Les accords du Caire de 1969 permettent aux palestiniens de défendre leur cause depuis le sud Liban. Ces accords secrets ont été signés le 3 novembre 1969 entre les délégations libanaise et de l’OLP réunies au Caire pour tenter de mettre fin à la crise opposant la résistance palestinienne, et l’armée libanaise. Ce texte instaure un compromis en réaffirmant la souveraineté du Liban tout en légalisant la présence et l’action de la résistance palestinienne contre Israël à partir du territoire libanais.
– 1970 : Évènements de Septembre noir. Ils regroupent le massacre de Palestiniens par l’armée jordanienne en septembre 1970 comme la prise d’otage d’athlètes israéliens aux jeux olympiques. Dans le même temps, les milices palestiniennes se replient au Liban avec le feu vert de la Syrie, le Liban devenant le seul pays où l’Organisation de libération de la Palestine opère librement. Le Liban a du mal à faire face à la montée en puissance de l’OLP.
– Guerre du kippour en octobre 1973 déclenchée par l’Egypte et la Syrie. Israël gagne une fois de plus.
– Au Liban en 1975, la Phalange, la plus importante des milices extrémistes chrétiennes, attaque les musulmans. C’est le début de la guerre civile qui durera jusqu’en 1990.
– Arafat est invité à l’ONU en 1975. L’OLP est reconnu par l’ONU comme le représentant officiel des palestiniens.
– Pour assurer la protection des communautés musulmanes, une force d’intervention arabe contrôlée par les syriens envahit le Liban en 1976. C’est le début de l’occupation.
– Les casques bleus investissent le sud Liban en 1977.
– Suite aux attaques de l’OLP, de 1978, depuis le Liban contre Israël, celui-ci envahit le sud du Liban en mars. S’en suit la création d’une « zone de sécurité ». La résolution 425 (1978) demandant le retrait immédiat de l’armée israélienne est votée au Conseil de sécurité. La FINUL est créée pour garantir la paix au sud du Liban. Deux cent mille palestiniens se déplacent vers le nord du pays.
– En 1979, signature d’un traité de paix entre l’Egypte et Israël. Non reconnu par la ligue arabe et par l’OLP.
– En juin 1982, début de l’Opération « Paix en Galilée ». Environ une semaine après le début de leur invasion, les israéliens commencent le siège de Beyrouth Ouest où habitent deux cent mille civils. L’OLP est contrainte de fuir le Liban pour un autre pays arabe, la Tunisie.
– Toujours en 1982, les massacres de Sabra et Chatila est perpétré par les milices chrétiennes contre des civils palestiniens avec le soutient logistique voire l’aide des israéliens.
– Création du Hezbollah en 1982.
– En 1985, l’armée israélienne se retire d’une grande partie du Liban, et occupe le sud jusqu’en mai 2000.
– En 1987, les Palestiniens déclenchent la première Intifada ou « guerre des pierres », en réponse à l’occupation israélienne en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. Ce conflit prendra fin avec les Accords d’Oslo.
– Les Accords d’Oslo sont signés à Washington, le 13 septembre 1993 par Yitzhak Rabin et Yasser Arafat. Ces accords prévoient la création d’une Autorité palestinienne et une reconnaissance mutuelle de l’OLP et d’Israël. Il prévoit aussi le retrait de l’armée israélienne du sud Liban.
– En 2004, l’ONU donne de la voix. La résolution 1559 du Conseil de sécurité de l’ONU impose à la Syrie de retirer ses forces du Liban. Elle demande aussi que soit mis fin aux activités militaires de la milice du Hezbollah et réclame le déploiement de l’armée libanaise sur l’ensemble de la frontière internationale avec Israël.
– Retrait des syriens du Liban en 2005.
– Suite aux élections législatives de mai-juin 2005, le Hezbollah remporte ses premiers sièges au parlement libanais plus un ministère.
– Retrait des israéliens de gaza en août 2005.
– Juillet 2006 : offensive massive de Tsahal au sud Liban pour éradiquer la guérilla du hezbollah.

Voila. Les faits et les chiffres sont là. Bruts et terrifiants. Chacun peut choisir sa façon de les lire et de les interpréter. Ici s’achève l’Histoire et commence l’actualité.
Depuis 2005, les évènements s’enchaînent à une vitesse vertigineuse. Les syriens partis, les israéliens retirés, le peuple libanais a cru à sa liberté et surtout à sa paix retrouvée. Il n’en est malheureusement rien. L’occupation israélienne et la solide implantation du Hezbollah ont contribué à de profonds changements dans les mentalités libanaises. Pour les jeunes générations, le Hezbollah incarne la résistance. Il pallie aux manques de l’état libanais qui d’ailleurs s’accommode bien de déléguer son soutien aux oeuvres caritatives soutenues par le Hezbollah. En pensant récupérer à peu de frais des miettes de lauriers, le gouvernement abandonne le terrain et fait un mauvais calcul à moyens termes. Le double visage guerriers résistants et administrateur d’oeuvres sociales a contribué à l’enracinement du mouvement et à sa popularité. Le Hezbollah était déjà un état dans l’état, maintenant, depuis les récentes élections, il fait maintenant partie intégrante de l’état.
La nouvelle intervention israélienne fait basculer du coté du Hezbollah ceux qui étaient modérés. Pour les habitant du sud Liban, l’invasion israélienne justifie l’existence même du Hezbollah. Leurs malheurs et la destruction de leurs biens accordent une légitimité à ces combattants regroupés en véritable armée.
Le candide européen que je suis ne peut s’empêcher de penser que de grossières erreurs de politiques étrangères ont été faites. Pelle mêle, je peux citer : la création d’Israël dans cette partie du monde ; l’absence de soutien et de contrôle international de la sécurité des populations déplacés ; le non respect des résolutions de l’ONU ; les accords du Caire donnant corps à une organisation terroriste ( ou résistante selon ses convictions ) ; le laxisme de l’état libanais ; la violence de la dernière invasion israélienne. Et par-dessus tout, la politique de mastodonte maladroit des U.S.A. dans cette partie du monde ou la politique est si subtile que le noir et le blanc, cher à la bannière étoilée, n’ont sans doute jamais existé.
Les médias ajoutent à la confusion en résumant dangereusement l’actualité. Attention aux raccourcis et aux faux-semblants ! La guerre du Hezbollah armé par l’Iran via la Syrie contre Israël, armé par les U.S.A. n’est pas la guerre du Liban contre Israël. Avec du recul, on se rend compte que cette guerre n’est autre que celle des U.S.A contre l’Iran. A moins que ne soit celle des marchands d’armes et des faiseurs de morts.
Reste-t-il l’espoir d’une nouvelle reconstruction pour le Liban ? Sans doute, le Hezbollah reconstruira le Liban pour pallier à un état exsangue et en reconstruction depuis déjà quinze ans. Il prendra un peu plus d’importance auprès des populations et augmentera son pouvoir de décision au sein de l’appareil d’état. En tout cas, s’en est fini de la pluralité ethnique du Liban autonome. Le Liban deviendra un nouveau pays musulman. Espérons seulement qu’il ne devienne pas un pays radical. Avec la fin du régime laïc d’Irak, Israël est désormais seul face à un Moyen-Orient entièrement musulman. Car l’allié américain ne pourra contrôler l’Irak, tout comme ils n’ont pas réussi à imposer la paix en Afghanistan.
La situation actuelle est le résultat d’une politique d’apprenti sorcier cautionnée par les technocrates onusiens d’une institution mondiale caduque et impuissante à se faire respecter.
Comment s’étonner de la situation. Qui sème le vent… Malheureusement, il ne reste plus qu’à espérer que ce dangereux conflit ne quitte jamais les rives du Jourdain.

Quel avenir pour le Liban ? Depuis le retrait des forces syriennes du Liban, la main mise de Damas n’a jamais été aussi forte. Le sort semble s’acharner sur les opposants politiques de la Syrie. En février 2005, c’est le Premier ministre Rafic Hariri qui trouve la mort dans l’explosion d’un véhicule piégé. L’enquête officielle n’a pas encore aboutie. Quatre mois plus tard, en juin dans le quartier chrétien de Beyrouth, Samir Kassi, journaliste et George Haoui, ancien chef du Parti communiste libanais sont assassinés. En juillet, c’est le ministre de la Défense, Elias Murr qui est visé et qui survivra. Puis c’est le tour de la journaliste May Chidiac, une célèbre présentatrice de la télévision libanaise et de Gebrane Touéni. Le point commun de toutes ces personnalités était leurs prises de positions anti-syriennes. Les différentes enquêtes n’ont pu prouver l’implication de Damas ou non pas abouties.
Le récent assassinat de Pierre Gemayel serait lié à la création d’un tribunal international créé pour enquêter sur la mort de l’ex-premier ministre Rafic Hariri. On le voit, la situation devient confuse voire ubuesque. Opaque même, et dangereuse car les récentes manifestations prosyriennes des partisans du Hezbollah contre l’état libanais légitimement élu brandissent de nouveau le sceptre de la guerre civile.
Décidemment le Liban n’en a pas fini avec ses vieux démons. L’Histoire est un éternel recommencement.

En tout cas, pour le moment, les armes se sont tues, et c’est une bonne chose.
On peut choisir de voir ces photos comme les stigmates d’une guerre. Pour ma part, je choisis de voir l’image des grues et de la reconstruction.
Ces photos permettent d’extrapoler un Liban debout et libre. Elles permettent de réaliser que le Liban s’est toujours relevé pour se reconstruire et que par delà les siècles, son identité si particulière a jusqu’ici survécu.

christophe manzoni

Manzoni Christophe