Pendant la période de l’indépendance provençale, le riche négociant Jacques Coeur, promu grand argentier du roi Charles VII, transféra ces affaires de Montpellier à Marseille. Il contribua à l’expansion économique de la ville par l’intermédiaire de ces échanges commerciaux avec les pays du levant. La ville de Marseille lui doit beaucoup de son renom et de son rayonnement. Le port accueillait en permanence quatre de ces navires de commerce. Son pouvoir et son influence grandissante au sein de la cour ajouté à des finances royales, désormais assainies, Jacques Coeur tomba, injustement, en disgrâce. Après de sombres maoeuvres politiques et juridiques, il fut incarcéré. Après son évasion des geôles royales, Marseille le recueillit et le protégea de la vindicte du pouvoir royal. L’amour de la justice et de la dissidence ont de très vieilles racines. Par la suite, grâce à des jeux d’héritages subtils, le comté de Provence fut rattaché à la couronne de France en 1481. Le XVème siècle voyait Marseille comme une ville forteresse imprenable peuplée d’habitants intrépides, indépendants et belliqueux. Ce n’est pas Charles de Bourbon qui le contredira. Marseille résista, en 1524, pendant quarante jours à son siège. Le bastion fut défendu grâce à l’héroïsme des marseillaises qui prirent part aux combats. De cette épopée restera l’hommage de Marseille au travers du nom de la rue le  » boulevard des Dames « . Le XVIème siècle fut l’âge d’or de l’indépendance de la ville. Marseille arma une flotte guerrière et devint plus ou moins une ville pirate autoproclamée pour le compte de François 1er qui confirma par la suite ce statut particulier. Il alla jusqu’à accorder à Marseille le statut de ville franche. Ainsi, Marseille préleva, pour son propre compte, taxes et impôts sur les navires transitant par le port. Le roi commença les premiers travaux de fortifications de la rade. François 1er fit construire la tour du Fanal et la forteresse Saint-Jean. Désormais, deux tours verrait entrer et sortir tous les navires du port. En 1594, sous la dictature de Casaulx, l’hôpital municipal : L’hôtel Dieu fut construit sur la butte des Carmes. La naissance du XVIIème siècle efface les tensions passées entre Henri IV et Marseille. Le souverain confirme le statut autonome de la ville, le statut de ville franche et l’abolition des taxes de l’état. En 1600, la ville accueille en grande pompe Marie de Médicis, future épouse du souverain. Pour l’occasion un pont fut construit reliant directement l’ancien Hôtel de ville et le navire de la future reine. Durant le XVIIème siècle, l’expansion de la ville pris fin avec la terrible peste de 1630. La ville fut une nouvelle fois décimée. Sa population fut réduite à moins de quinze mille habitants. Marseille se redressa une nouvelle fois et retrouva prospérité en moins de trente ans. Bien quelle soit sous tutelle française, Marseille affichait une arrogance envers la couronne du roi Soleil et une indifférence à ses rappels à l’ordre. L’éloignement de Versailles, une longue histoire indépendante et son statut autonome encourageaient Marseille à défier le pouvoir central. Las des frasques marseillaises et de la défiance ouverte de la ville, le grand roi Louis XIV pris Marseille par la force en 1660. Il s’installa, brièvement mais personnellement, sur les hauteurs de la rive sud du port, sur la place de Lenche, afin de rétablir l’ordre dans la ville. Il fut à l’origine des plus grands changements du port depuis son creusement par les grecs. Le port fut remodelé en profondeur et le roi lui donna quasiment son visage actuel. Le Roi Soleil, se méfiait de la population de Marseille, triviale, turbulente et rétive à la politique ou à toutes formes d’autorité. Les deux forts furent édifiés autant pour protéger la ville que pour protéger son propre pouvoir et servir de symboles de son autorité auprès de cette population indisciplinée et volontiers belliqueuse. Louis XIV donna la direction des opérations au chevalier de Clerville. A cette époque fut construit le Fort Saint Nicolas sur la rive sud du port. Ce fort est une ingénieuse construction en étoile qui s’adapte au relief tourmenté de cette partie du port. Sur la rive sud, le chevalier architecte édifia le Fort Saint-Jean en s’appuyant sur la tour du Roi René et la tour du Fanal déjà existante. A l’exception de l’Hôtel de ville qui fut édifié en 1653, sur les plans de Pierre Puget, la totalité des bâtiments furent élevés entre 1660 et 1680. Louis XIV était parfaitement conscient du potentiel stratégique de Marseille. Sur la rive sud, et sur une superficie de neuf hectares, il fit construire le grand Arsenal des Galères afin de produire une flotte guerrière qui lui donna la suprématie sur la mer Méditerranée. Durant trente ans de travaux, Louis XIV modifia la ville en profondeur. Il fit abattre les fortifications qui enclavaient la vieille ville, alors concentrée sur la rive nord du port. La ville s’agrandit prodigieusement en suivant le tour du port. D’abord vers l’est puis vers le sud. Il fallut donc attendre 1687 et le percement du grand cours de Marseille, devenu le cours Pierre Puget, pour que la rive sud du port soit enfin habitée. Lentement, Marseille rentrait dans le rang. C’est à cette époque que les marseillais, refusant de parler le français, pourtant langue officielle du pays depuis le XVIème siècle, mélangèrent le patois provençal et le français pour inventer le parler marseillais. Le XVIIème siècle fut le siècle de toutes les transformations mais le XVIIIème siècle ne fut pas en reste. La Canebière, artère mineure jusqu’alors, fut prolongée jusque sur les rives du port, à l’endroit actuel du quai des Belges. Elle devint ainsi une ouverture supplémentaire sur la mer. L’autre événement majeur qui allait contribuer à l’expansion de la ville fut la destruction de l’arsenal des galères en 1781. Neuf hectares donnant sur le vieux-port se retrouvèrent libre. De quoi donner le vertige à n’importe quel promoteur immobilier actuel ! Le XVIIIème siècle fut le siècle de l’expansion économique internationale de Marseille. Les techniques navales évoluant, des navires aux tonnages de plus en plus importants sillonnaient les mers du globe. L’un d’entre eux, le Grand Saint-Antoine, apporta la dernière grande peste qu’est connue la ville en 1720. La maladie, fut honteusement cachée afin de permettre le déchargement de la cargaison de riches soieries estimée à cent mille écus. Le profit d’une poignée de grands négociants causa la mort de plus de trente cinq mille personnes entre le tiers et la moitié de la ville. Ce drame est donc survenu à cause de la cupidité de quelque uns. Cent soixante dix ans plus tard, l’histoire se répétera au niveau national avec la maladie de la vache folle. Décidément, quand on ne soucie pas du futur, le passé ne sert pas de leçon au présent. La fin de ce fléau est dû uniquement au courage des bagnards de la ville conduits par le Chevalier Roze. Ensembles, ils enlevèrent les milliers de corps pourrissant dans les rues pour les jeter à la fosse. Ils moururent jusqu’aux derniers à l’exception du chevalier. De cet épisode, les marseillais ont peut être garder un respect et une tendresse particulière pour les repris de justice ? Marseille se releva, une fois de plus. Les échanges commerciaux s’étendirent jusqu’aux côtes péruviennes et dans l’océan Indien. Marseille acquit un statut de port international. Les marseillais furent les premiers européens à goûter le café et autres denrées exotiques venues des pays lointains. Cet essor économique provoqua une nouvelle expansion démographique. La ville devint la troisième de France par son nombre d’habitants. A la toute fin du siècle en 1794, le  » Marseillois  » partit du port de Marseille pour participer à la guerre d’indépendance américaine. Il fut coulé au terme d’un héroïque combat au coté des nouveaux Américains. Une réplique, abritant un restaurant, est à flot sur le quai d’honneur de la Mairie. Les épopées napoléoniennes laissèrent Marseille de marbre. Ses guerres successives et les blocus maritimes ennemies furent un frein considérable pour le commerce international. Marseille détestait Napoléon 1er autant qu’elle aima Napoléon III. La ville fit cadeau au souverain le splendide palais du Pharo qui surplombe la sortie du chenal du port. Au XIXème siècle, la renommée internationale du port de Marseille se confirma. Vers le milieu du siècle, le port s’agrandit vers le nord pour créer le port autonome et marchand de Marseille. L’ancien port devint le Vieux-port. En 1864, Napoléon III fit aussi percer la rue Impériale afin qu’elle débouche sur le port. Cette nouvelle artère reliait ainsi le vieux port et le nouveau port commercial de la Joliette. Clin d’oeil de l’histoire, cette rue deviendra par la suite la rue de la République. Devenu trop petit pour les grands navires de commerces intercontinentaux à vapeur, le Vieux-port conserva néanmoins les activités de pêche et de tourismes. Le XIXème siècle fut le siècle des innovations techniques avec la création du service de navette, bien connu des marseillais, appelé le  » Ferry-boat « . Créé en 1890, il assure la traversée du port d’une rive à l’autre. Il fut comme une bénédiction. Il faut savoir que pour les marseillais, passer d’une rive à l’autre signifie contourner le port. Ce qui représente une marche de près de deux kilomètres. Alors qu’à vol de mouette, il n’y a que trois cents mètres. En 1893, pour remplir les mêmes fonctions, fut construit le très célèbre  » pont transbordeur « . L’édifice métallique culminait à 80 mètres. A l’extrémité du port, près du chenal, il assurait le transfert de passager dans une nacelle au ras de l’eau, d’un fort à l’autre. Il resta en service durant la première moitié du XXème siècle. L’occupation allemande vit la disparition de cet ouvrage, en 1943. Ce pont était très populaire dans le cœur des marseillais. Le contraste entre le modernisme de la construction et les forts de Louis XIV sans doute. A moins que ce ne soit la fierté du surnom de l’époque :  » la porte de France  » dû à l’architecture si particulière du pont. Le Vieux-port était depuis des siècles le lieu de rencontre des marins du monde entier. Les commerçants vivant près du port étaient cosmopolites. Tous les habitants des quartiers bordant la rive nord du port vivaient laborieusement, du commerce ou de la vie difficile des travaux maritimes. De toutes origines et de revenus modestes, ces gens vivaient dans les plus vieux quartiers de la ville, un labyrinthe de rues insalubres. Mêlant les peuples, le ton du quartier était devenu unique. A cette époque le reste de la France voyait Marseille comme  » la Chicago européenne « . La réputation d’indiscipline, exacerbée par la propagande de la presse parisienne de l’époque, se transforma en mauvaise réputation. Suite et fin dans la partie 3/3. . .

GIMENEZ ALAIN